—Citoyens, pour les orphelins de la Commune!
La longue table du buffet est toujours là. Mais la soif, bien excusable, a fait son œuvre. Bouteilles, canettes et verres sont vides. La montagne de brioches a été nivelée au ras de la toile cirée.
Les lampions rouges du jardin fument et s’éteignent. La fête touche à sa fin.
Quelques jours encore, et les Tuileries elles-mêmes auront vécu.
Quelqu’un m’a raconté que, dans cette nuit sinistre où, dans Paris en flammes, le ciel semblait un gigantesque voile de pourpre et d’or, dans la nuit du mardi au mercredi 24 mai 1871, Raoul Rigault alla demander asile à un ami.
Rigault sortait de Sainte-Pélagie, où il avait fait fusiller Gustave Chaudey.
L’appartement, un cinquième, avait un balcon, Rigault se mit au balcon. Appuyé sur la balustrade, il contemplait le terrifiant spectacle, les gigantesques panaches de flammes, les tourbillons de fumée, semés de trous d’or...
—Tiens, cria-t-il brusquement, les Tuileries qui foutent le camp...
Ce que Rigault venait de voir, c’était la coupole de la salle des Maréchaux qui s’abîmait dans les flammes.
Il était exactement une heure un quart après minuit.