Le coût de la séance est minime. Deux sous, qu’ils vont déposer, sans mot dire, avant d’abandonner la galerie, sur la table de la marchande, la femme du libraire.

Je jette un regard rapide sur la ligne des chaises.

Elles sont vides.

Une seule occupée. Le liseur m’est bien connu. Je me suis approché. Il interrompt sa lecture.

—Eh bien!... Je vous l’avais bien dit... C’est la fin...

Et son regard est plein de commisération. Il me dit, ce regard, que je suis foutu, que l’heure n’est plus à l’enthousiasme et à la folie. Et que la seule chose qu’il me reste à faire, c’est de chercher un coin où ne m’atteignent point les représailles, toutes proches.

La fusillade crépite à quelques centaines de pas. Ma foi, j’ai le cœur serré. Je ne songe certes pas à fuir. Mais, tout de même, j’ai un rude poids sur la poitrine...

Je ne réponds rien. Le liseur me tend la main, se rassied, reprend son journal. Moi, je file vers la rue Racine, qui me mènera au boulevard Saint-Michel, où s’élèvent, depuis la veille, les barricades.

Un coup d’œil au liseur, dont je vois une dernière fois, penchée sur son journal, la barbe rousse.

L’habitué de l’Odéon, c’est mon ancien professeur au lycée de Nantes, qui occupe la chaire d’histoire—je crois ne pas me tromper—à Louis-le-Grand. M. Lehugeur.