Le cadavre de Rigault, tué vers trois heures de cette même journée de mercredi, resta étendu, jusqu’au lendemain soir, sous les fenêtres de Moutier.
Quelqu’un qui approchait de près l’excellent homme me dit, à mon retour d’exil, la douloureuse émotion de Moutier, qui, cependant, était bien éloigné d’approuver nos actes. Mais Moutier était un brave cœur. Il souffrit cruellement d’être contraint de subir, pendant deux jours, le lugubre spectacle.
le Panthéon va sauter!
Une heure.—Allons à la Mairie... Je redescends du côté de la fontaine de Médicis. Dans la vasque, mise à sec, deux combattants se sont installés. Les paquets de cartouches rangés au milieu. Je leur fais observer qu’ils sont à découvert de tous les côtés.
—Qu’est-ce que ça nous fout? Nous tirerons couchés.
Sur le balcon de la maison qui fait l’angle du boulevard et de la rue Soufflot, une demi-douzaine de jeunes gens, le fusil en bandoulière. J’en reconnais quelques-uns. Maroteau, avec sa figure de Christ. Larochette, du Vengeur de Pyat. D’autres.
Voici Vallès. Malade, me dit-il, éreinté. Trois nuits sans dormir. Il est en pantoufles de feutre, au bras d’une amie.
—A la Mairie?
Je n’ai pas le temps de répondre. Une effroyable détonation fige mes lèvres.
Un nuage de fumée noire, avec de grandes taches de feu, monte du Luxembourg, du côté de l’Observatoire. Lisbonne vient de faire sauter la poudrière, aménagée dans les terrains de l’ancienne Pépinière.[237]