Les vitres brisées sonnent sur les trottoirs. Au silence de tout à l’heure ont succédé les cris.
—Le Panthéon va sauter! Le Panthéon va sauter!...
Et à travers les barricades, les munitions, les voitures d’ambulance, une foule se presse. Où court-elle? Elle l’ignore. Avec le Panthéon, le quartier ne va-t-il pas s’écrouler dans les catacombes?
Des femmes fuient, affolées, traînant derrière elles des enfants. D’autres avec des paquets. L’une a sous le bras sa pendule... Et toujours ce cri:
—Le Panthéon va sauter!
A la Mairie, en bas, à la porte, je croise le chef du 248e, Henri Régère, le fils du membre de la Commune, qui attache son cheval aux grilles d’une fenêtre. Nous montons ensemble.
Là-haut, c’est le brouhaha de la dernière heure. Assis à des tables, des employés assaillis de demandes de réquisitions, signatures de bons de vivres, d’argent pour la paye des bataillons. Je cherche des yeux les membres de la Commune. Quelques figures inquiètes. D’autres, décidés à la lutte.
En bas, la place pleine de combattants. Il y en a sur les marches du Panthéon, derrière les colonnes du portique. Partout. Il y en a même au-dessous du dôme, sur la plate-forme circulaire, qu’entoure la colonnade. Ce sont ceux-là, qui luttant jusqu’à la dernière minute, n’ayant plus le temps de descendre et de fuir, furent fusillés à la place même où ils furent faits prisonniers. Longtemps, derrière cette colonnade, on put voir, m’a assuré un témoin sûr, de larges flaques de sang...
LA RUE ROUGE
petits chasseurs