Je sens un heurt à l’épaule... je fais demi-tour...
—Oui, c’est moi.
Cela m’a été dit tout bas, tout bas.
L’homme qui m’aborde, je le connais depuis les premiers jours du siège. Un vieux garde de mon 248e. Il me souvient que nous ne voulions pas l’inscrire sur les rôles, quand il s’est présenté. Trop vieux.
—Trop vieux, moi! s’était-il écrié. Est-ce qu’on est trop vieux, quand on s’est battu partout, au Cloître Saint-Merri, en Février, en Juin!
Comment il était là, comment il avait échappé encore une fois à la fusillade, je n’avais pas le temps de le lui demander. Il ne tenait guère à la vie, pourtant. Il m’avait dit vingt fois: «J’y resterai. C’est ma dernière bataille.» Il ne s’était pas donné la peine de raser sa vieille barbe blanche. Il habitait, à cent pas, une soupente de la rue de la Parcheminerie. Il ne se cachait pas.
Nous marchions côte à côte.
Encore des coups de feu.
—C’est dans la cour de Cluny, me dit le vieux. On y a fusillé toute la nuit. Je viens d’en voir abattre un contre le mur de la façade. On l’a poussé au bas du réverbère.
Je suis retourné souvent, depuis ces jours sinistres, dans la cour de Cluny. Dans l’angle, au fond, à droite, c’est là qu’on tuait.