la boutique à Roullier
Rue des Écoles. Nous nous heurtons à la grande barricade du Collège de France.
La veille, je l’ai vue quelques heures avant la bataille. Barrant toute la voie. Haute, épaisse. Deux renflements pour les mitrailleuses. En avant, dans le chantier tout proche, comme des ouvrages d’avant-garde, les pierres énormes accumulées pour la construction de la nouvelle Sorbonne. Derrière chacune de ces pierres, formidables moellons, dressés comme des dolmens, un ou deux combattants. Plus tard, quand on relèvera ces pierres, quelques-unes jetées bas par les obus, on trouvera sous l’une d’elles, écrasé, le cadavre—le squelette—encore vêtu, d’un fédéré.
Tout près, la boutique à Roullier.
Cette boutique, qui existe encore maintenant, dépendance du Collège de France,[239] est un morceau, un grain de poussière de la tragique histoire.
Édouard Roullier, cordonnier—il signe avec orgueil «Roullier, savetier»—combattant de Juin, proscrit de Décembre.
Sous la Commune, Roullier a fait partie de la commission du travail et de l’échange à la délégation au Commerce.
Vallès, par blague, l’a pris avec lui, aux premiers jours, à l’Instruction publique.
—Roullier, assieds-toi là. Dans le fauteuil de Jules Simon.
Roullier—est-il besoin de le dire?—ignore l’orthographe. Et il s’en fait gloire.