—Je ne suis pas comme vous, sales petits bourgeois, qui avez eu des parents pour vous faire donner de l’instruction! clame-t-il dans sa longue barbe d’insurgé.
Un jour de février 1870, quand je faisais, avec Passedouet, mort en Calédonie, un petit brûlot, la Misère,[240] Roullier m’envoya, je ne me souviens plus à propos de quoi, un article à insérer. Je crus de mon devoir de rectifier les fautes de français. Ah! ce qu’il m’en coûta!
—Tu as fait un faux! criait-il. Je ne te permets pas cela. Ce n’est plus du Roullier. Je ne suis pas un écrivain, moi!
Roullier habite, avec sa femme, blanchisseuse, la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. Il a d’innombrables enfants, qu’il traîne après lui à la brasserie Saint-Séverin, où il vient en longue blouse bleue, bien repassée. Un soir, à la fermeture, il en oublia un, qui pionçait sur la banquette. Le gosse y passa la nuit. Roullier n’avait cependant pas oublié, à son départ tardif pour le logis, l’éternel volume de Proudhon qu’il portait toujours sous son aisselle, comme un bréviaire.
—Et toi, Roullier, qu’est-ce que tu es?
Roullier empoignait son bouquin. Le plus souvent, les Confessions d’un Révolutionnaire.
—Proudhonien, foutre!
Et il remettait avec soin le précieux talisman dans sa poche.
Un soir, l’un de nous saisit le livre au passage.
—Mais, animal, il n’est pas coupé!