De sa voix traînante, à l’intonation faubourienne, Roullier excitait le zèle des citoyennes qui cousaient rapidement les sacs, comme il faisait sous le siège pour les souliers...
Je ne devais revoir Roullier que longtemps, longtemps après la chute de la Commune.
La barbe blonde à fils d’argent du vieil insurgé était devenue toute blanche. Il avait plus de soixante-dix ans. Pauvre comme il l’avait toujours été, il rapetassait les brodequins des petites bonnes, dans une étroite échoppe de la rue Beaubourg,[243] où j’allais parfois le surprendre pour causer des vieux jours. Il me confiait ses dernières peines, la vie dure, les jours sans pitance, ses rancœurs, souvent sa désolation.
—Bien la peine, me disait-il d’une voix amère, d’avoir fait Juin, Décembre, et la Commune, pour crever de faim comme un vieux chien... Un jour, vois-tu, on me trouvera pendu...
Je consolais de mon mieux le vieux camarade.
Je le rencontrai pour la dernière fois au Père-Lachaise, à l’enterrement de Longuet.
Avec deux ou trois amis, nous avions quitté le cortège pour aller faire un tour au Mur.
—Eh bien? lui dis-je, en le tirant à part.
—Je suis un peu plus content. Mesureur m’a inscrit pour une petite somme tous les mois, à l’Assistance...
Ce soir-là—nous étions restés à bavarder au cabaret qui fait face à l’entrée du Père-Lachaise—la conversation tomba sur la barricade de la rue des Écoles, sur les sacs à terre et sur la boutique du Collège de France.