—Oui, dit Roullier, que ces souvenirs ragaillardissaient... Oui, c’était le bon temps.

Quelques jours après, on m’apprenait la fin de Roullier.

Le vieil insurgé avait été, un matin, trouvé mort dans son étroite chambrette de la rue Beaubourg, où l’apoplexie, clémente, l’avait terrassé.

Il avait quatre-vingts ans.

Saint-Séverin

—J’ai déjà couru tout le quartier, reprit le vieux garde. Il y a tout un tas de morts à Saint-Séverin. On dit qu’ils ont été tués dans l’église où ils s’étaient enfermés quand ils se sont vus cernés. Ils sont alignés sur la petite place, derrière l’abside, en face la rue Galande.

Nous étions rue de la Harpe. Le vieux s’était tu. Brusquement, il me saisit le bras.

—Ils auraient bien dû me tuer aussi... Je n’ai personne au monde... Mieux aurait valu pour moi crever au bas d’un mur que crever de faim...

Et le pauvre vieil insurgé me confia, en quelques paroles brèves, sa détresse. Retourner dans sa soupente de la rue de la Parcheminerie, il ne le pouvait pas. Il n’avait pas payé son logis depuis la guerre. Pas de pain non plus. Que faire? Aller se jeter à la Seine. Se faire arrêter. Il ne lui restait que cela...

Je lui glissai, en le quittant, quelque monnaie. Je ne l’ai jamais revu.