Et, en descendant, tout seul, vers la rue Saint-Séverin, je songeais à la tristesse de ce combattant obscur de toutes les révolutions, réduit à la plus noire des misères, après avoir risqué tant de fois sa peau, connu tous les enthousiasmes et vu s’effondrer tous ses rêves...

Où vais-je?

Je songe à Flotte, qui demeure rue de la Huchette.

Flotte est en sécurité. Il a servi d’intermédiaire pour le projet d’échange des otages. On sait à Versailles—où il a vu Thiers—qu’il n’a accepté aucune fonction de la Commune. Je lui ai remis, la veille, les lettres de l’archevêque. Il doit certainement être chez lui.

Il me semble que, cette fois-ci, je vais être à l’abri pour de bon. Je marche vite. L’hôtel du Mont-Blanc, où demeure Flotte, au 16 de la rue, n’est plus qu’à quelques pas de moi. Une lourde voiture est arrêtée devant la porte. Je vais mettre le pied sur le seuil, quand un frisson me secoue des pieds à la tête. Un effroyable tableau, que m’avait caché le véhicule...

Dans un renfoncement de la rue, formé par le retrait du nouvel alignement, trois femmes étendues, à demi recouvertes de paille. Je détourne mon regard. Je fuis, n’ayant eu que le temps de voir une flaque de sang noirâtre, et la jupe rouge de l’une des infortunées.

Je fuis, sans plus songer à Flotte, sans plus songer à rien, jusqu’à la place Saint-Michel.

Neuf heures tintaient au clocher de Saint-Séverin.

A onze heures, j’étais à la Cour martiale.

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