EN PLEINE TERREUR

dans ma prison

Juin 1871.—Rue de Richelieu. En face de la fontaine Molière. Mon deuxième refuge, depuis la défaite. J’ai été accueilli là par un mien cousin, attaché à un ministère. Tout le jour, il reste à son bureau, me laissant seul avec mes pensées, ayant pour me distraire—si je puis appeler cela une distraction—la lecture des journaux qu’il m’apporte le soir, après les avoir soigneusement dissimulés dans sa poche.

Tout le monde, en ces jours de délation, est aux aguets.

Mon cousin m’a amené avec lui, tard, presque dans la nuit, me recommandant de monter avec précaution l’escalier—comme un voleur—afin que le concierge ne m’entendît pas.

Personne ne sait que je suis là-haut, prisonnier dans un petit logement du cinquième étage.

Mon fidèle cousin, en même temps qu’il m’apporte les journaux, m’apporte aussi ma nourriture. Pain, charcuterie. Je ne fume pas—pour qu’on ne sente pas l’odeur du tabac sur le palier.

Le soir, nous causons à voix basse.

Toujours le même sujet de conversation.