Bellenger est, chez lui, en pleine tranquillité. Le brave homme qui vient de m’aborder est sa sauvegarde. Au moindre indice de danger, il le préviendra. Chaque jour, il lui monte les journaux, des vivres. Il lui donne les nouvelles.
Le jour tombé, Bellenger sort, rasant les murs.
—J’ai rencontré X..., me dit-il en rentrant... Vallès n’est pas mort. Ce n’est pas lui qu’on a fusillé. Mais un autre. Un sosie... Maître, notre chef du bataillon du Père Duchêne, est toujours au quartier. X... l’a rencontré, l’autre soir, rue Gay-Lussac... Humbert est caché par ici... Jusqu’ici, de notre bande, il n’y a personne de pris.[250]
—Est-ce qu’on fusille toujours?
—Non. Quand on est arrêté, on vous dirige sur Versailles.
Je respirai... C’était toujours ça... Il me sembla, à cette déclaration de Bellenger, que ma tête était plus solide sur mes épaules.
La maison de Bellenger devait être mon dernier refuge.
Depuis trois jours que j’étais là, nous avions fait des plans et des plans de départ, de fuite... Pas besoin d’aller, tout d’un trait, jusqu’à la frontière... Sortons d’abord de Paris... On ne demande rien aux fortifications... Une fois sortis de Paris, nous verrons... Il me reste quelques billets bleus du Père Duchêne... Avec cela, à deux, nous pouvons aller loin.
Justement, voilà qu’il nous tombe—comme une manne au beau milieu d’une famine—une invitation à nous rendre, pour nous y cacher, dans une propriété, tout près, en Seine-et-Marne.
Un château, où le propriétaire ne fait que quelques rares apparitions. Un parc immense, dont les hautes futaies seront, contre les curiosités dangereuses, un impénétrable rempart.