Être des Parisiens!

Cela suffit pour que l’on vous regarde, en ces jours cruels, comme des bêtes fauves, bonnes à traquer et à livrer sans merci.

N’a-t-on pas dit et répété sur tous les tons—cela n’a-t-il pas été affiché à la porte de toutes les mairies—que ces scélérats de Parisiens ont pillé, brûlé, assassiné, qu’ils ont versé aux soldats des breuvages empoisonnés, et mille autres histoires dont la moindre vaut la mort!

Pas de pitié pour ces Parisiens maudits!

Eh bien! nous sommes propres, l’ami Bellenger et moi! Bien sûr, cela va nous arriver un jour, qu’un bavard de village, aux heures de causerie, sous le porche de l’église ou à la porte de la mairie, lèvera ce lièvre:

—Que diable sont donc ces deux individus qui, depuis huit jours, restent enfermés dans le parc du château! Personne ne les a jamais vus... Sûr, ce doit être des Parisiens. Si on voyait un peu ce qu’ils ont dans le ventre, ces cocos-là! Si nous allions au château?

le garde champêtre

Et ils vinrent, les braves gens!

Une belle matinée de juillet, nous étions attablés autour d’un déjeuner frugal, mais appétissant, quand la cloche de la grande porte tinta doucement, annonçant un nouveau venu.

Au milieu de la cour, le képi vert à la main, je reconnus, je sentis le garde champêtre. Il causait à la jeune fille du jardinier, qui rentra aussitôt.