Il avait dit cela durement, en homme qui sait déjà la réponse qui va lui être faite.
—Nos passeports, répondis-je. Parfaitement. Nous allons les remettre à M. le maire. Est-ce qu’il n’est pas là?
—Il va venir, reprit le champêtre. Eh bien! vous les lui remettrez. Apprêtez-les.
Au même instant, une porte s’ouvrit.
brave cœur
Le maire—c’était lui—nous fit entrer dans son cabinet et nous offrit gracieusement deux sièges. Le champêtre était avec nous. Il restait debout. Le maire lui fit signe de sortir.
Nous restâmes seuls avec le magistrat municipal.
—Messieurs, commença le maire, vous voudrez bien m’excuser de vous avoir dérangés. Vous êtes au château, chez mon ami S... (le nom du propriétaire). Je sais bien que vous êtes en règle. Mais, vous ne l’ignorez pas, nous avons des ordres. Aucun étranger au pays ne peut, depuis les événements, séjourner sans montrer ses papiers. Donnez-moi vos passeports, et je ne vous dérangerai plus.
Le maire était un homme de trente à trente-cinq ans, à la figure franche et ouverte.
Je le vois encore, comme je vois tous ceux qui m’ont, de près ou de loin, côtoyé dans ces jours d’angoisse, avec ses yeux clairs, sa barbe entière et soigneusement peignée, attendant notre réponse.