Une heure après, nous le vîmes ressortir. Il vint tout de suite vers nous.
—Très embêtant. Pas trouvé le médecin-major. Je ne sais plus comment faire.
—Ne pourriez-vous pas voir quelque autre personne? dis-je à tout hasard.
—Oui, reprit le sous-officier... Le général. Il n’y a que lui qui pourrait voir cela?
Je songeai que ce général, c’était Cissey. Ah! sûr, qu’il ne ferait rien, celui-là. C’était bien inutile d’aller lui raconter nos peines. Qu’est-ce que cela pouvait lui faire, à Cissey, que deux pauvres étudiants eussent été pincés par deux mouchards, conduits au Luxembourg et condamnés? Et puis où était-il, Cissey? Du reste, en ce qui me regardait personnellement, il n’y avait pas d’espoir. Un interrogatoire complet, c’était au contraire la découverte de ma véritable identité.
—Mais, au fait, reprit le sous-officier, il y a une chose bien plus simple. Redites-moi qui vous a arrêté, à quelle heure?
—Ce sont, expliquai-je, deux «messieurs» en redingote noire, avec un brassard tricolore. Un gros, grand, noir, frisé. Un autre blond, avec des moustaches...
—Mais, ils sont encore ici! Je viens de les rencontrer à la prévôté... Vous êtes bien sûr que ce sont ces deux-là?
Et comme je faisais un geste affirmatif:
—Eh bien! j’y vais. Si je vous fais signe de là-bas—et il me montra l’angle du mur, en tête de la «queue»—si je vous appelle, venez...