—Eh bien! nous verrons. En attendant, l’express est à dix heures. Déguerpissons rapidement.

Nous nous dirigeâmes vers la gare. La pluie tombait. Les rues de la ville avaient un aspect sinistre. L’express n’était qu’à minuit. Pendant deux heures, les cafés étant clos, il nous fallut battre le pavé, raser les arbres des promenades, croisant à chaque pas une bande de soldats prussiens en goguette, ou une patrouille dont nous voyions luire au loin les canons des fusils et resplendir les casques.

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Minuit. Nous avons pris place dans un compartiment de première. Pour ressembler à de bons et pacifiques voyageurs, j’ai acheté au buffet un pâté, que je mets bien en évidence. Allez donc prendre pour un insurgé un bon bourgeois qui voyage en première et qui emporte un pâté!

Le sifflet de la locomotive fend la nuit. Arrêt. Moment d’anxiété. Rien. Deuxième station, rien encore. Troisième, toujours rien.

Le jour commence à poindre. Il se lève tout à fait. Je consulte l’indicateur. La prochaine station est Chaumont. Dans un quart d’heure, nous y sommes.

Le train ralentit.

—Chaumont! Chaumont!

Je passe la tête à la portière. Le train est arrêté à quelque cent mètres de la gare.

—Chaumont! Chaumont! Cinquante minutes d’arrêt!