Pourquoi ces cinquante minutes d’arrêt? Et comme un éclair, la perquisition passe devant moi. A peine ai-je eu le temps d’y songer, que le cri retentit:
—Messieurs les voyageurs, préparez vos passeports!
—Cette fois, nous y sommes, dis-je à Bellenger.
Je regarde de nouveau par la portière. En tête du train, un groupe de cinq à six personnes. Deux gendarmes. Ils ne viennent pas, comme la veille à l’hôtel, prendre leur mazagran! Un homme en noir tient le premier plan.
Il se retourne. Je vois, autour de son ventre, flamboyer,—car elle flamboya à mes yeux,—la ceinture tricolore. Plus de doute. Dans cinq minutes, le commissaire est sur notre dos. Une seconde d’entretien, et nous sommes ses prisonniers.
Je suis du regard les perquisitionneurs. Un des gendarmes ouvre le compartiment, s’y introduit. L’autre fait faction à la porte. Le commissaire, que son écharpe accroche au trottoir, attend. Je vois descendre, une, deux personnes. Puis, le gendarme qui a fini son inspection. Il dit quelques mots au commissaire, en montrant les voyageurs descendus. Le commissaire s’adresse à ces derniers, semble les interroger rapidement. Puis le groupe se dirige vers le compartiment voisin, où le gendarme renouvelle son manège.
J’explique cela à Bellenger. Nous causons, quand notre porte s’ouvre.
C’est le gendarme.
—Messieurs, nous dit-il très poliment, veuillez me montrer vos papiers.
Nous sortons, comme devant le maire qui nous a sauvés une première fois, nos papiers, nos lettres...