Une station. Langres. Rien. Deux gendarmes, les bras croisés, regardent passer le train.
Imbéciles! Vous pouvez regarder...
Autre station. Auxonne. Je mets la tête à la portière. Il me semble que je vois encore, comme à Chaumont, un commissaire en redingote, avec l’écharpe traditionnelle.
Encore une visite! Mieux vaut descendre, bien que mon billet me conduise jusqu’à Dole.
Je ne songe même pas que s’il y avait vraiment visite, on ne laisserait pas sortir de la gare les voyageurs.
Je saute hors de mon compartiment. Je vole vers la porte de sortie. Je donne mon billet. Je ne veux pas entendre la voix de l’employé qui me crie:
—Mais, monsieur, monsieur, votre billet est pour Dôle, et vous n’êtes qu’à Auxonne.
Je m’en fiche un peu. Tout ce que je veux, c’est ne plus mettre les pieds dans ce chemin de fer, où, toutes les deux heures, on réclame un passeport que je n’ai pas, et dont l’absence est pour moi toute une menace.
joyeuse aventure
Ah! non. Je ne remettrai pas les pieds en chemin de fer! D’Auxonne à Dôle, j’irai à pied, s’il le faut. Je me rappelle, que tout jeune—j’avais six ans—je suis venu à Auxonne avec ma mère. Nous avons pris, précisément pour aller à Dôle, une grande patache jaune, qui, subitement, apparaît, la même peut-être, à vingt pas de moi, attelée devant une auberge. Le cocher grimpe sur son siège. Je n’ai que le temps de me ranger. La patache s’est ébranlée. Dix minutes plus tôt, je filais avec elle.