En route donc pour Poligny, où j’arrive à la tombée de la nuit.
Mon guide payé, je m’engage dans la rue Travot. Mon oncle, le vrai, est debout sur l’une des marches de la porte de sa maison.
Je vois se détacher, dans la pénombre du soir qui vient, sa haute stature, sa face énergique et pleine de bonhomie à la fois. Il m’a reconnu. Je vois ses yeux s’agrandir, sa tête se porter en avant... Je suis devant lui... Il ne bouge pas d’une semelle...
—Entre... Derrière cette porte.
J’entre... Lui, reste immobile...
D’un coup, il se retourne.
—Ah! te voilà, animal! Je te croyais cependant bien mort... Ou tout au moins dedans... Les journaux l’ont dit... ma femme a mis le journal de côté... te le montrera tout à l’heure... Ah! canailles que vous êtes tous...
Mais mon oncle, s’il crie fort, n’a pas du tout le visage en colère.
Je me hasarde:
—Oui, oui, mon oncle, je sais. Vous m’en voulez pour la colonne. Nous en recauserons... Ce que j’ai faim et soif!