L’excellent oncle me saute au coup, m’embrasse.

—Ah! oui, tu vas me conter ça. Comment tu t’es sauvé... D’abord tu n’as rien à craindre ici. Je suis ami avec tous les gendarmes... Je fais tous les jours ma partie avec eux. Il y en a qui étaient de mon régiment. Ne montre cependant pas ton nez dehors.

Nous nous mettons à table. Tout en lampant force verres de ce marc exquis que tiennent en réserve les vignerons du Jura, je raconte à mon oncle les péripéties de ma fuite. Ses yeux se mouillent—à lui, vieux soldat d’Afrique, qui doit en avoir joliment vu—au récit de mon passage à la cour martiale.

—Ah! tu en as échappé une belle... Qu’est-ce que tu veux... En temps de guerre... Et puis, après ce que vous avez fait...

Je crus qu’il allait me servir encore sa colonne.

Le récit du wagon à Chaumont le fit rire à gorge déployée:

—Ah! ton imbécile d’ami! criait-il en avalant d’énormes rasades... Où est-il maintenant... En prison, pour sûr...

Vers minuit, nos yeux se fermaient à tous deux.

La bouteille de marc était à moitié vide.

la chambre aux Prussiens