apparition

Vers les onze heures, je descendis, frais et dispos. Je retrouvai l’oncle à son poste d’observation, debout sur les marches, fumant sa pipe.

Je m’étais assis derrière la porte vitrée, et, là, nous causions à mi-voix. Subitement, mon oncle rentre, ferme la porte d’entrée.

—Est-ce que tu serais déjà filé? Depuis deux minutes, je vois un escogriffe—c’était un de ses mots favoris—qui se promène dans la rue et qui regarde toutes les maisons, l’une après l’autre. Je ne connais pas cette figure-là... Tiens, le voilà qui s’approche... Regarde...

—Qu’as-tu? me dit l’oncle, voyant mon trouble.

—Ce que j’ai! Mais, mais, c’est lui...

—Mais qui, lui?

—Qui? L’ami. Celui qui a été arrêté avec moi à Chaumont. Je vous ai conté l’histoire hier soir... Comment diable est-il ici!

L’excellente face de mon oncle passa par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel dont peut s’imprégner la peau d’un vieux brave qui en a vu de tous les calibres, au cours des trois congés successifs de sept ans, qui lui avaient valu les suprêmes honneurs de marchis-chef d’artillerie, médaillé et enfin décoré. Bien sûr, il n’avait jamais vu un simple pékin, ou plutôt deux simples pékins, avoir en vingt-quatre heures de si drôles d’aventures que les nôtres.

—Comment! lui! Mais tu m’as dit hier qu’il avait été foutu en prison par le commissaire!