—Eh bien? dis-je à Bellenger.
—Mais, et toi, avant tout. Comment as-tu fait?
Je lui racontai mon histoire. Il reprit:
—Quand je fus sur le trottoir de la gare de Chaumont, déjà une dizaine de personnes avaient été prises, faute de passeports. Deux femmes. On en ramassa encore quatre ou cinq. Au départ du train, nous étions une quinzaine. Le commissaire nous quitta sans mot dire. Nous restâmes seuls avec les deux gendarmes qui nous conduisirent, à travers la ville, jusqu’au commissariat. Nous attendîmes jusque vers neuf heures, nous racontant mutuellement nos infortunes. La plupart de mes co-arrêtés étaient des négociants ou des ouvriers qui n’avaient pas pris la précaution de se munir de passeports, et qui, je le sus plus tard par le commissaire lui-même, purent repartir par le train suivant, après avoir justifié de leur identité.
—Et toi, est-ce que tu as aussi justifié de ton identité? dis-je en riant.
—Moi! mais tout ce qu’il y a de plus facilement. Je n’ai nullement caché mon identité. Mieux que cela, c’est le commissaire lui-même qui s’est chargé de la reconnaître. Tu pourrais voir à la gare de Dôle, où, avec un peu de bonne volonté, l’employé du chemin de fer le retrouverait, le billet que nous avions pris à Troyes, timbré et signé de ce même commissaire de Chaumont qui m’a arrêté.
J’ouvris les yeux tout grands:
—Comment? Le commissaire! Timbré ton billet, à toi...
—Dame! Il ne l’aurait très probablement pas fait pour tout le monde. Et, au fond, je préfère avoir été arrêté seul... J’ai tout lieu de croire que toi, tu y serais resté... Écoute.
malin commissaire