—Comment diable n’avez-vous pas pris de passeport? Ah! vous avez de la veine d’être tombé sur moi? Ça vous aurait fait avec un autre une fichue affaire. Ah! ces canailles de Parisiens, ils nous en donnent du fil à retordre! Dire qu’il a encore fallu, ce matin, que j’aille trimer sur le quai...

Et, après une pause de quelques secondes:

—Ah! pour le coup, vous allez déjeuner avec moi... Nous causerons du vieux temps...

Et voilà comment, sans avoir eu besoin de donner d’autres explications, je suis tombé sur un commissaire qui m’avait connu jadis et qui m’a invité à déjeuner... Un fort bon déjeuner, ma foi.

—Où allez-vous? me dit mon commissaire, quand l’heure du départ fut arrivée.

Je lui montrai mon billet.

—Vous allez à Dôle? Mon cher, vous pourriez encore être arrêté en route. Je vais vous viser votre billet. Vous n’aurez qu’à le montrer si on vous demande quelque chose. Vous direz que vous êtes envoyé à Dôle pour mon service.

De mieux en mieux, pensai-je. Me voilà bel et bien de la police. Pour le coup, je n’ai plus rien à craindre.

Le commissaire prit mon billet, y imprima un superbe timbre qu’il illustra de sa griffe. Il me reconduisit à la gare, me mit dans le train. Quand la locomotive siffla, il me criait encore, en saluant de la main:

—Bon voyage! Et quand vous repasserez, venez me demander la côtelette de l’amitié.