—C’est merveilleux, dis-je... Et cela vaut mieux, en effet, qu’il t’ait arrêté que moi, qu’il n’avait pas connu à Châteauroux... Et tu es arrivé à Dôle? Comment as-tu eu l’idée de venir ici nous retrouver?

—A Dôle, quand j’ai demandé, à l’hôtel, où demeurait M. Vuillaume, ton oncle, dont tu m’avais parlé, ancien militaire, décoré, j’ai appris ton aventure, qui avait déjà été racontée par la petite bonne. On m’a dit que tu avais filé sur Poligny. J’ai couché à Dôle et me voici.

A ce moment, l’oncle rentrait.

—Midi deux minutes! s’écria-t-il. Nous devrions déjà être à table.

Il fallut que Bellenger racontât de nouveau son histoire.

L’oncle riait à en étouffer. A la fin, il dit sentencieusement:

—Ce qu’ils sont bêtes, ces pékins de commissaires. Ah! si ç’avait été un soldat! vous ne l’auriez pas foutu dedans comme cela.

—Alors, mon oncle, vous auriez mieux aimé que l’ami Bellenger fût pincé?

—Tonnerre de Dieu! reprit le brave homme. Ne me fais pas dire ce que je ne veux pas dire. Je n’ai pas appris le latin. Je puis bien m’embarbouiller... Mais, ça ne fait rien, tu seras bien d’avis avec moi que ces pékins-là, c’est vraiment trop bête de laisser échapper deux gaillards comme vous... Allons, à votre santé!

Et, après avoir choqué nos verres, il enfila sous ses lèvres riantes une colossale et limpide rasade.