Le jour du départ arriva. Il y eut, ce midi-là, grand déjeuner chez l’oncle. Jusqu’aux tout petits enfants, tout avait été invité. Je vois encore une vieille et bonne tante, l’unique sœur de mon père, la tante Françoise on l’appelait, dévote, qui pleurait de joie en m’embrassant, moi, qui avais été de la Commune! Adorable femme! Elle reprochait à son frère le soldat de ne pas l’avoir avertie plus tôt de ma présence...

—Je l’aurais caché dans l’église, disait-elle.

Après le déjeuner, elle fila, silencieuse, en me jetant un dernier regard.

—Elle va prier pour toi, me dit l’oncle. Elle sait que tu dois passer la frontière demain matin. Je parierais, ajouta-t-il avec un gros et bon rire, je parierais qu’elle sera demain à la première messe.

vers le Jura

Le programme fut exécuté de point en point. Cela ne se brouilla qu’à la fin, lorsque nous fûmes arrivés à la dernière étape, aux deux cents mètres qui nous restaient à franchir.

—Vous voyez bien ce chemin blanc, nous dit notre guide, eh bien, il ne vous faut pas prendre par là. Suivez ce petit sentier. Toujours à gauche. Sans cela, vous tomberez sur le poste-frontière. Les gendarmes ne vous diraient très probablement rien. Mais il vaut mieux encore passer derrière eux que devant.

Une dernière poignée de main.

—Vous me ferez signe, hein! de là-bas. Je ne vous verrai peut-être pas. Mais je serai content tout de même.

En marche!