—Vous m’autorisez à reporter cette conversation à mes camarades?
—Mais oui. Comme vous voudrez.
Je restai à Genève. Aucune preuve de délit de droit commun ne fut, bien entendu, fournie contre Razoua. Ne l’accusait-on pas, dans l’imbécillité de la répression, d’avoir volé une valise et une paire de bottes dans la chambre qu’il avait occupée lors de son commandement à l’École militaire!
Ce roman de la paire de bottes eut un réel succès à Genève. Les sociétés populaires protestèrent, avec la plus grande énergie, contre la violation du droit d’hospitalité. Razoua fut remis en liberté.
Et il ne fut plus jamais question d’extradition des communards en exil.
CEUX DE L’EXIL
MON AMI LE COLONEL
Genève
Juillet 1871.—Le matin. Je suis à Genève de la veille. Quelle bonne nuit—la première tranquille depuis les horreurs de la défaite—dans le petit hôtel, voisin de la gare, où je suis descendu! Plus de perquisitions. Plus d’arrestations. Plus de frayeurs qui tiennent l’œil ouvert et l’oreille aux aguets. Je suis libre. Libre. Je descends d’un pas léger la rue du Mont-Blanc. Le colosse de glace scintille là-bas, loin, loin—en France. Il ne me prend nulle envie d’aller l’admirer de près. J’ai trop peur encore des gendarmes.