Quelqu’un me tombe sur les épaules, m’étrangle de ses deux bras, m’embrasse à pleines joues.

—On m’a dit hier soir que tu étais ici...

C’est Brunereau.[253]

Brunereau, le commandant du 228e bataillon. Le «terrible fourreur de la rue des Martyrs», comme l’appellent les journaux versaillais. Brunereau s’est battu comme un lion. Il est à Genève depuis une quinzaine déjà.

Brunereau est mêlé, depuis les dernières années de l’Empire, au mouvement politique. Il est grand ami de Félix Pyat, et de Gambon.[254] Beau-père de Gromier, secrétaire de Pyat, qui a lu au banquet du 21 janvier 1870, à Saint-Mandé, le toast fameux «à la petite balle». Il me raconte qu’on l’accuse, dans son quartier, d’où il reçoit des nouvelles, de tous les méfaits. Sa boutique de marchand de fourrures de la rue des Martyrs étant toute proche de Notre-Dame de Lorette, on veut absolument qu’il ait tenté de mettre le feu à l’église. C’est lui qui a fondé le club qui s’est tenu le soir dans le sanctuaire! C’est lui qui a tout fait! Et c’est pour cela qu’il est le terrible fourreur.

Brunereau, en me racontant cela, rit de son bon rire.

Je le regarde pendant qu’il parle. La défaite n’a pas entamé son corps trapu et solide. Sur ses larges épaules, une tête puissante, un visage volontaire, au front têtu, où brillent deux yeux noirs. La barbe et la moustache grisonnantes.

Brunereau me nomme ceux qui sont là.

—Arnould est ici. Martelet.[255] Claris. Alavoine. Legrandais.[256] Cœurderoy. Chardon...

—Chardon est arrivé?