—Si nous fichions le camp? me glisse Vallès.
Nous filons par la porte des artistes.
Nous tombons dans une cour plantée d’arbres.
Cinq minutes après, nous rentrons. La salle est vide.
L’homme à la hache, c’était le père Gaillard.
Gaillard, assis entre Noro et Cœurderoy, est muet. Je le considère. Avec sa lévite noire, son visage glabre et mat, il a l’air d’un bedeau. Où est le brillant colonel des barricades, que j’ai admiré un jour, debout sur le glacis de la formidable machine qu’il avait édifiée à l’entrée de la rue de Rivoli?
Je revois le colonel, en plein soleil de mai, dans son uniforme élégamment sanglé. Revers rouges à la tunique. Épée au côté. Revolver passé dans le ceinturon verni. Glands d’or de la dragonne battant sur la cuisse. Cinq galons d’or aux manches et au képi. Bottes étincelantes. Tunique à double rangée de boutons dorés. Gaillard, en photographie, est le modèle le plus parfait à consulter pour ceux qui voudront reconstituer le vêtement militaire de la grande insurrection parisienne.
Quelques semaines après sa première visite au café du Nord, je rencontrai Gaillard. Il avait laissé croître la barbe, qu’il portait d’habitude entière. Tête nue, comme toujours, la crinière au vent, il déambulait d’un pas alerte. Une serge à la main.
—Où vas-tu?
—Eh, parbleu! Je vais chercher de l’ouvrage.