Pauvre exilé, sur la terre étrangère,
Rêve souvent au pays, ses amours...

Naïfs communards que nous sommes! Dire qu’en écoutant ce bon colosse de Chardon nous débiter, d’une voie teintée d’émotion, la vieille rengaine sentimentale, quelques-uns de nous sentent se mouiller leurs paupières...

PROTOT

Genève

Octobre 1871. Je flâne sur le quai des Bergues. Quelqu’un me frappe sur l’épaule. Brunereau. Toujours lui. On le rencontre partout. Brunereau s’occupe comme il peut. Il sort de sa poche de gentilles petites boites rondes, qu’il me montre. De la poudre à faire briller les cuivres. En attendant mieux, il promène son brillant dans les boutiques de bimbeloterie et de bourrellerie. Excellent pour astiquer les harnais et les casseroles.

—A propos, j’ai une rude nouvelle à t’annoncer...

—Quoi?

—Protot est ici.

—Protot est ici! Il est donc sauvé!

Personne n’avait su dire ce qu’était devenu Protot après la bataille. Certains affirmaient qu’il avait été grièvement blessé. Mais où était-il? Pas à Versailles. On l’aurait su... Pas aux pontons... Où? Encore caché? Le voilà donc.