Près de quarante années se sont écoulées depuis le jour où, dans ma chambre d’exil de Genève, je revis, pour la première fois après la défaite, le délégué à la Justice de la Commune.

Rentré en France après l’amnistie de 1880, Protot, que des haines tenaces poursuivaient, ne put obtenir sa réintégration au barreau, dont il avait été rayé. Aujourd’hui encore, les haines n’ont pas désarmé. L’ancien avocat de Mégy au procès de Blois n’a pas le droit de revêtir la robe.

Si vous allez, un jour, à la Bibliothèque nationale, regardez à l’une des tables du fond, à gauche. Ce solide gaillard, penché sur une pile de bouquins, la joue glorieusement étoilée d’une terrible blessure,—c’est Protot.

OISEAUX DE PASSAGE

Lausanne

1872. Sur la terrasse du Casino. Nous tuons le temps, autour d’une table. Nous ressassons des projets, et des projets. Une histoire illustrée, en livraisons, comme cela se fait à Paris, du Peuple suisse? Slom ferait les dessins. Nous l’attendons par le bateau qui doit l’amener le soir de Genève. Un éditeur nous a promis son concours. Un almanach de la Révision? Ne parle-t-on pas partout de la révision de la Constitution fédérale? Comment, en somme, gagner sa vie? C’est le grand sujet de conversation de tous les jours.

Vallès, qui est des nôtres depuis un mois ou deux, tire de sa poche un petit carnet, sur lequel il note à la hâte, au crayon, quelque impression. Il ferme son carnet, le remet en poche, le sort de nouveau, écrit autre chose...

—Un article pour Paris?

—Non. Une autobiographie. Mes mémoires, si vous voulez...

—La Commune?