—Je vais chez Ruchonnet, dit Protot.

Ruchonnet est membre du grand conseil du canton. Il nous a toujours manifesté de la sympathie.

Au retour, Protot nous raconte son entrevue.

—On vous accuse de faire du bruit, du scandale, dans la ville, avait dit le conseiller.

—Comment! Nous! Mais nous ne sortons jamais que pour nous promener dans les alentours. L’après-midi, nous allons la plupart du temps à la bibliothèque...

Bref, il faut partir.

L’hiver, précoce, est très rude. Il a neigé à gros flocons. Le matin, avant de sortir, pour consolider nos semelles amincies par le long usage, nous fourrons dans nos souliers des journaux pliés et découpés.

Nous partons.

Quelques mois après notre expulsion du canton de Vaud, je transportai mes pénates à Altorf, où je restai jusqu’en 1879, attaché à l’entreprise du percement du grand tunnel du Gothard.

Un beau matin, on m’apporte une carte de visite. Celle du président de la Confédération M. Paul Ceresole. Le président s’est arrêté à Altorf pour rendre visite à l’entrepreneur des travaux, Louis Favre.