Favre est absent. Je fais avertir le président, qui, fort aimablement, m’invite à partager son déjeuner, à l’hôtel de la Clef d’Or.
Tout en déjeunant, je raconte à Ceresole mon expulsion de Lausanne.
—Mais c’est peut-être moi qui l’ai signée! s’exclame-t-il en riant. Je faisais alors partie du grand conseil du canton de Vaud. Ah! je vous dois une revanche.
Ce jour-là, un beau dimanche ensoleillé, c’était, à Altorf, ce qu’on appelle la Landsgemeinde. L’assemblée populaire, où, dans une prairie voisine de la petite capitale du canton d’Uri, le peuple se rassemble pour entendre ses magistrats rendre compte de leur mandat.
Dès que la présence du président de la Confédération a été connue, les autorités d’Uri ont pris les dispositions nécessaires pour lui faire honneur. Une voiture attend, au bas du perron de l’hôtel, qu’il veuille bien y monter. Le président me fait asseoir près de lui. Et, quand nous arrivons à l’assemblée, les tambours qui battent aux champs pour le plus haut magistrat suisse, battent également pour moi. Je vois avec orgueil s’incliner devant ma modeste personne l’étendard d’Uri, où se détache sur fond d’or la tête noire du taureau légendaire. Le colonel Arnold, alors président du grand conseil du canton, vient, en souriant, me serrer la main.
Et je pense au jour où, à Lausanne, pauvre oiseau de passage, je rembourrais mes souliers, bâillant à la neige, avec des semelles taillées dans de vieux journaux.
RAZOUA
déjeuner chez Vaillant
Lundi 22 mai. Premières heures du jour. La veille, Vaillant nous a donné, à Vermersch et à moi, à l’issue du déjeuner auquel il nous avait conviés rue de Grenelle, rendez-vous pour ce matin d’aujourd’hui, à l’Instruction publique. A la délégation à l’Enseignement, comme on disait.
Rendez-vous! Les Versaillais sont entrés... Ils sont au Trocadéro... Plus près peut-être...