Et je me remémore le déjeuner—le dernier sûrement—dans la grande salle à manger du ministère. Une douzaine de figures connues. Présidant la table, madame Vaillant, la mère du délégué, femme de haute intelligence et de grand cœur, qui a voulu rester aux côtés de son fils. Madame Jaclard, femme du colonel commandant la 17e légion, adjoint de Clemenceau à Montmartre sous le siège. Madame Sapia, la veuve du commandant tué place de l’Hôtel-de-Ville le 22 janvier. Flotte. Constant Martin, secrétaire général de la délégation. Nous deux. D’autres.
La conversation roule, pendant tout le déjeuner, sur les otages et l’échange contre Blanqui. Flotte a bâti un nouveau projet.
—Nous viderons les prisons, s’il le faut, dit-il avec feu. Nous les leur donnerons tous, les curés, les magistrats, tous, tous...
Hélas! Trop tard...
café de Rohan
J’erre... Je me dirige rue de Seine, chez Vermersch... Personne... Je l’ai laissé, la veille au soir, chez Rachel.[265]
Je passe la Seine... Place du Palais-Royal... Il n’est que sept heures... Un gros de fédérés sous les arcades du Théâtre-Français... Qui me donnera des nouvelles?... A la terrasse du café de Rohan, seul, Razoua.
Razoua, en uniforme de colonel. Tunique à revers rouges à demi déboutonnée, ceinture rouge. Tête nue. Le képi aux cinq galons, près de lui, sur une chaise. Le sabre entre les jambes.
—Eh bien?
—Je viens d’évacuer le Trocadéro...