De temps à autre, une maigre copie acceptée dans quelque journal de Paris lui mettait en poche de quoi s’asseoir au café du Nord. L’été à la terrasse. L’hiver frileusement tapi près du poêle, dans son éternel rêve.

Six années de la vie monotone de l’exil s’étaient écoulées, tant bien que mal, coupées d’espoirs et de déceptions, quand, un beau jour, Razoua apprit qu’il héritait.

Oh! pas d’une fortune.

Arrivé la veille, d’Altorf où j’habitais, à Genève, je traversais le pont du Mont-Blanc quand je me trouvai face à face avec Razoua.

—Eh oui, j’hérite... Mon frère le curé est mort. Il m’a laissé une rente de douze cents francs. Payée par un intermédiaire. Car vous pensez bien que le fisc mettrait l’embargo dessus, si la succession me touchait directement.

Et me montrant en riant son pantalon de coutil à raies bleues—nous étions en été—son veston d’alpaga et son chapeau canotier:

—Me voilà tout de neuf habillé...

Douze cents francs de rente. Pour l’ancien spahis, c’est la tranquillité, la vie du lendemain assurée, le café où il va lire ses journaux de France, l’absinthe évocatrice de rêves, la blague à tabac bourrée... L’existence économe, sobre, heureuse... en attendant de revoir la Patrie.

la mort

A Zurich, où je suis depuis quelques jours. Une dépêche.