O stupeur. Razoua est mort.

C’est un ami de Genève qui m’annonce la fatale nouvelle:

«Razoua, frappé congestion, mort dans mes bras.»

Il était venu, comme tous les soirs, à l’heure de l’absinthe, au café du Nord. Il quitte sa table pour s’approcher du billard. Subitement, il porte la main au front, penche la tête en arrière et tombe.

On s’empresse autour de lui. Alavoine, qui a son imprimerie en face, rue du Rhône, arrive en hâte. On transporte Razoua, qui respire encore, aux Eaux-Vives, dans sa petite chambrette.

—Nous pleurions tous, me racontait plus tard Alavoine. Nous prenions, à tour de rôle, ses mains, déjà glacées. Nous l’appelions. Hélas! ses lèvres étaient closes pour toujours.

Le lundi—Razoua était mort le samedi 29 juin 1878—on le portait au cimetière de Plainpalais. Genève fêtait ce jour-là le centenaire de Jean-Jacques Rousseau. Les rues, pavoisées, étaient coupées d’arcs triomphaux. Les maisons fleuries. Le ciel magnifique. Le cercueil, recouvert d’un drap rouge, passa sous les oriflammes et les guirlandes de feuillages. Alavoine, derrière le mort, tenait haut levé le drapeau du 22e bataillon fédéré, conservé, depuis les grands jours, comme une relique, par les vaincus...

EUGÈNE VERMERSCH

Altorf

Décembre 1874. Vermersch arrive ce soir. Voici une dizaine de jours qu’il a été expulsé de Belgique. Il s’est réfugié à Maastricht, puis à Aix-la-Chapelle. C’est de là qu’il vient de me télégraphier.