Il y a pourtant, hors ce bon Lautard, quelques communards à Altorf, ou, du moins, au Gothard.
A Airolo, à l’embouchure sud de la galerie, mon vieil ami J.-B. Dumay, qui est aux ateliers de réparation des machines. Il y resta jusqu’à l’amnistie. A Gœschenen, c’est un ancien huissier de la Commune—la Commune nomma des huissiers—qui tient la cantine. Marcelin Chain fut nommé huissier par Protot, par arrêté du 28 avril 1871. Il se fait appeler là-bas Rambaud. Il a, pour aide, un ancien capitaine fédéré, Michaut, qu’il tarabuste et qu’il envoie faire les commissions. Michaut renâcle et grogne:
—M’envoyer chercher le lait... Moi... Un ancien officier!...
Aux ateliers des machines de Gœschenen, Fernand Bourgeat, qui commanda la canonnière la Liberté, l’ancienne canonnière Farcy du siège.
Des amis passent. Les uns qui traversent la montagne pour s’en aller en Italie. D’autres qui viennent pour affaires ou par simple but de promenade.
Un beau matin de juillet, on frappe à ma porte. Un beau vieillard, à l’œil vif, droit dans sa haute taille. Le père Beslay. L’ancien président de la Commune.
Le père Beslay habite Neuchâtel. Il n’y a pas bien longtemps que je me suis assis à sa table.
—Bonjour, jeune citoyen.
L’excellent homme entre, s’assied.
—Vous ne savez pas pourquoi je viens vous déranger si matin? Je tiens à visiter les travaux du tunnel. Vous savez, j’ai été ingénieur, entrepreneur, moi aussi. Je viens vous demander une lettre de recommandation.