—Vous allez bien déjeuner avec nous?
—Non. Non. Je pars tout de suite.
—Vous avez votre voiture?
—Ma voiture, s’exclame en riant le vert vieillard... Ma voiture... Mais j’y vais à pied...
—A pied! Mais, d’ici à Gœschenen, c’est au moins trente kilomètres...
—Oui, je sais... C’est pour cela que je pars tout de suite... Je me reposerai à mi-chemin, à Amsteg.
Le père Beslay avait alors près de quatre-vingts ans.
Vermersch fit vite la conquête de son curé. Quelques jours après son installation, j’allai le voir. Je le trouvai, causant dans le jardin avec le prêtre, qui lui nommait les glaciers voisins et lui disait les vieilles légendes du pays d’Uri.
Vermersch est le plus casanier des hommes. Tout le jour plongé dans son dictionnaire latin. Il traduit alors Juvénal, qu’il ne quitte que pour s’installer à l’ingrate besogne qui lui permet de vivre. Il rédige presque en entier, pour l’éditeur Madre, de la rue du Croissant, le Grelot, journal hebdomadaire illustré. Quand il a fini son Grelot, il abat du roman, du gros roman-feuilleton, les Amants de la Guillotine, ou autres machines terrifiantes. Je lui en vis faire au moins une demi-douzaine.
Son seul passe-temps, mais un passe-temps qui est pour lui une passion, c’est la cuisine.