Vermersch est devenu cuisinier émérite. Déjà, quand j’habitais Genève, il m’envoyait de Londres la bonne recette pour le plum-pudding. A Altorf, il a longuement étudié l’art d’accommoder la poule faisane, ce gibier exquis des forêts alpestres. Je ne manque jamais, quand je vais au Gothard, de m’en procurer une. C’est jour de fête pour Vermersch.

La table dressée et ses convives assis, lui ne quitte pas ses fourneaux. Il tient à servir lui-même. Je le vois toujours faire son apparition, le tablier blanc noué autour de la taille, le nez en trompette rieur, le chef surmonté d’un bonnet de papier blanc semblable à ceux que se confectionnent les peintres, soutenant des deux mains, avec vénération,—tel un saint-sacrement,—le plat délicieux...

Le lendemain, il retourne à son Juvénal—et, hélas!, aussi au Grelot et aux gros romans pour livraisons à deux sous.

Parfois, le soir, il vient me prendre, et nous allons nous asseoir dans quelque petit cabaret obscur. Il me récite ses vers nouvellement éclos. Nous parlons des vieux jours. Facile à s’émécher, il se lève, frappe sur la table:

—Vois-tu, mon vieux... Eh bien... On dira ce qu’on voudra... Nos noms sont gravés sur le bronze de l’Histoire.

Il se rassied, tirant de sa pipe d’énormes bouffées, frisant, d’un geste familier, sa moustache blonde de Flamand.

Et les bons Suisses qui nous entourent regardent d’un air curieux ce Parisien qu’ils voient passer chaque jour, allant faire ses provisions à la boucherie.

Pourquoi diable fait-il, ce soir-là, tant de tapage?...

—Tu sais, me dit Vermersch une après-midi, Lonclas[267] arrive demain.

Lonclas, le membre de la Commune du douzième. Je ne l’ai pas connu à Paris.