Le lendemain, Vermersch m’amène un gros garçon, à l’allure réjouie. Il ne reste à Altorf que quelques jours. Il se rend à Vienne, pour affaires.
Lonclas a un désir impérieux. Celui de visiter la Furka. Les glaciers d’où sort le Rhône.
Je retrouve, dans le paquet de lettres de Vermersch que j’ai conservées, quatre lignes:
Nous avons arrêté une voiture. Rendez-vous demain matin, à la Tour, sur la grand place. A six heures précises. Nous viendrons, Lonclas et moi, te chercher, ce soir, à huit heures, à moins que tu ne veuilles nous devancer, chez Wiget.
Wiget, c’est la brasserie, le Schützengarten, où nous allons bavarder le soir.
En voyage donc pour la Furka. A Gœschenen, nous accrochons Radinguet. Toute une caravane.
En route, nous descendons de nos voitures pour soulager l’attelage.
Lonclas, qui parcourt pour la première fois la montagne, s’émerveille à chaque pas. Il arrache aux rochers des touffes de roses des Alpes, qu’il lie à son alpenstock, comme autrefois, aux avant-postes, les lilas au bout des fusils. Le bâton sur l’épaule, il marque le pas avec la chanson de route du siège, la même que scandaient, rue de Belleville, ceux qui conduisirent les otages jusqu’au mur de la rue Haxo:
Y a la goutte à boire là-bas,
Y a la goutte à boire...
Quoi! ce bon garçon, travailleur et joyeux, c’est ce même Lonclas de qui les journaux ont dit mille horreurs. Jusqu’à imprimer—cela a été reproduit dans un livre édité en 1871—que Lonclas a tenu, avec son collègue Philippe,[268] une et même deux maisons de prostitution!