—La dernière fois que je rencontrai Rigault—me conta Ranc—ce fut quelques jours avant l’entrée des troupes. Sur le quai. Il était, autant qu’il me souvienne, avec Da Costa.

Je venais de recevoir des nouvelles de Versailles. Je lui en fis part. Elles étaient très mauvaises. L’armée était aux portes. C’était une affaire de jours. D’heures peut-être.

Rigault me sembla être également renseigné.

—Vous avez pensé, lui dis-je, aux innombrables papiers, nominations, notes quelconques, fiches, celles de l’Empire entre autres... Il faut brûler ça tout de suite... Que de gens compromis si vous les laissez au vainqueur...

Rigault songea un instant.

—Bah! dit-il brusquement. Ce sera bien plus simple... Nous foutrons le feu à la boîte!

—Oui, repris-je. Mais, auparavant, il faut mettre en sûreté les archives de la Révolution. Il y en a à la Préfecture—et je montrais du doigt les bâtiments de la police—il y en a aussi à l’Hôtel de Ville... Toute la Commune, la grande... Ses sections...

Rigault me sembla ignorer la présence, tant à la Préfecture de Police qu’à l’Hôtel de Ville, de ces précieux documents.

—C’est vrai, me dit-il. Je vais, dès aujourd’hui, faire transporter tout en lieu sûr.

Vous savez qu’il n’en fit rien, et que tout, ou presque tout, fut la proie des flammes.