Ces perquisitions! Qui pourra jamais raconter ce qu’elles accumulèrent de terreurs!
Où aller? Si proche parenté que vous puissiez invoquer, chacun redoutait pour soi-même la conduite à Versailles. Les prétextes pour vous laisser à la rue étaient nombreux. Je me suis laissé raconter par un de mes amis, très compromis, qu’arrivé un jour dans une famille fidèle, il y rencontra un autre camarade, déjà accepté. Ce ne fut point la famille qui renvoya ce second arrivant, mais bien le premier caché, qui s’écria:
—Non, non, pas toi ici! Tu vas nous faire fusiller tous!
Le soir, je quittai le jardin, qui ne m’offrait qu’un incertain asile. Le boulevard Saint-Michel est désert. Aux coins des rues, des sentinelles. Qui vive! Au large!... Je suis enfin au terme de ma course périlleuse. Là-haut, sous les toits, brille une lumière. Je frappe. La porte s’ouvre. Je grimpe au sixième. Effusion.
—Tu tombes à merveille, me dit l’ami. Je suis ici très tranquille. La maison a été perquisitionnée. On n’y reviendra plus...
dénonciations
Les quatre murs de la chambrette où j’avais trouvé le repos n’offraient au fond qu’une sécurité relative.
La maison avait été perquisitionnée, il est vrai, et il n’y avait plus à craindre le coup de filet de la cour martiale.
J’avais encore à redouter la dénonciation du premier venu, du voisin, du concierge, du marchand de journaux, de quiconque pouvait se douter qu’un insurgé se cachait là.
La lâcheté était universelle. Elle fut si honteuse, cette lâcheté, si colossale, si hideuse, que l’autorité militaire elle-même, qui n’était pas douce au plus petit des vaincus, se révolta contre cette incroyable ignominie. Des chefs de corps firent brûler en masse les milliers de lettres qu’ils recevaient chaque jour. Quelques dénonciateurs, plus remarqués que d’autres, furent appelés à la cour prévôtale pour s’expliquer. Ils virent l’appareil des massacres, et s’enfuirent, épouvantés, craignant d’être collés à ce mur où ils avaient rêvé d’envoyer le voisin dénoncé par eux, parfois leur créancier, leur rival en affaires, ou en amour...