On me racontait récemment, à propos de ces dénonciations, une histoire qui ne manque pas d’un certain comique.
Un coiffeur, qui avait fait au Quatre-Septembre étalage de zèle républicain, au point de demander l’arrestation du commissaire de police de son quartier, éprouva, après la chute de la Commune, le besoin de faire du zèle.
Il dénonçait, dénonçait, dénonçait. On le voyait partout sur le passage des convois de prisonniers, gesticulant, criant à mort.
Un jour, il avise un passant dont l’allure lui semble suspecte.
—Arrêtez-le, crie-t-il à un sergent de ville—un des aimables gardiens de la paix à chassepot et revolver des journées de mai—arrêtez cet individu. Il a été de la Commune!
Le gardien de la paix regarde notre homme, le dénonciateur. Soudain il lui flanque la main au collet:
—Mais vous, n’avez-vous pas fait arrêter jadis mon commissaire? Je vous reconnais.
Et l’individu est poussé dans un groupe de prisonniers qui passaient. Il fut conduit à Versailles, passa en conseil de guerre, et fut condamné à la déportation.
Le moindre indice suffisait à rendre suspect. Dans cette effroyable terreur du sabre, les yeux s’ouvraient tout grands:
—Tiens! mais voilà monsieur B. qui rentre depuis hier avec des provisions!