Une voix s’élève:
—Il faut le promener encore. Il est trop tôt...
Et on recommence la promenade.
Un membre du premier Comité central, Frontier, qui a signé la fameuse affiche de l’entrée des Prussiens—je possède l’original manuscrit envoyé à l’imprimerie Morris—blessé dès l’entrée des troupes, est conduit à l’hôpital Saint-Martin. Les Versaillais le font descendre dans la cour. Il est fusillé sur la civière.
au mur les godillots
Tout porteur de godillots était fusillé.
Les godillots étaient les chaussures distribuées à la garde nationale pendant le siège. Du nom du fabricant de fournitures militaires, Alexis Godillot.
Or, la garde nationale, c’était l’ennemi.
Elle s’était héroïquement comportée à Buzenval—où Henri Regnault[21] et Gustave Lambert[22] avaient trouvé la mort. L’armée—une grande partie de l’armée—ne lui avait pas moins voué le plus injustifié des mépris.
Un ami, Émile Giffault[23] qui fut fait prisonnier et conduit à Versailles, me racontait que la plus grande joie du capitaine qui l’interrogea pendant plus d’une semaine avant de l’envoyer devant le conseil de guerre, était de l’interpeller à tout propos sur son séjour dans la garde nationale.