—Allons, voyons, soldat de Buzenval! lui disait goguenard le capitaine.
Le prisonnier devait se taire. Le capitaine, lui, triomphait:
—Ah! c’est fini pour les soldats de Buzenval! Vous n’êtes plus à la noce, hein!
Dès qu’elle entra dans Paris, l’armée versaillaise satisfit ses rancunes contre cette garde nationale abhorrée.
Comment reconnaître le garde national? Bien naïfs ceux qui eussent gardé l’uniforme. Mais les pauvres, ceux qui avaient été vêtus, chaussés, qui conservaient encore les vestiges de leur passage dans ce corps maudit, se firent facilement prendre. S’ils n’avaient plus l’habit, au moins avaient-ils la chaussure. Le godillot dénonciateur.
Tout porteur de godillots fut arrêté. Gardes nationaux de la Commune ou du siège, qu’importe!
J’ai recueilli à ce sujet d’un de mes plus vieux amis, Francis Privé,[24] un récit effroyable.
Le lundi 29 mai, dans la matinée—il y avait donc vingt-quatre heures que la lutte était finie—Francis Privé, errant, cherchant un refuge, longeait la rue de Charonne. Tout à coup, il se heurte à un rassemblement.
Sur deux files, devant la boutique d’un charbonnier, une douzaine d’hommes, des prisonniers, attendaient. Aucun d’eux en uniforme. Tous en mauvais vestons, vareuses dont les passepoils avaient été arrachés, blouses. A quelques pas de la boutique, des soldats, le fusil en arrêt, et, devant les prisonniers, un jeune officier, tenant à la main une badine.
Privé s’approche aussi près que possible. Cette badine est une baguette de fusil.