—Allons! crie le jeune officier. Tous ceux qui ont des godillots, en avant!

En avant, c’était la devanture de la boutique du charbonnier.

Personne ne bouge.

L’officier renouvelle son commandement, et, comme personne ne quitte encore la file, il passe lui-même sur le front des prisonniers, frappant durement de sa baguette de fusil sur l’épaule des infortunés.

—Allons, les godillots, au mur!

Les malheureux, encadrés par les soldats, furent poussés contre la devanture du charbonnier et fusillés à bout portant.

le charnier de Charonne

Vingt mille morts. C’est là le bilan des cours martiales et des exécutions de la rue. Nous ne sommes certainement pas au-dessus de la vérité. Chaque coup de pioche donné dans le sol des faubourgs parisiens met au jour des ossements aujourd’hui desséchés, quelques-uns encore revêtus d’uniformes en loques, auxquels adhèrent des boutons, des traces de galons. Ce sont les fusillés de la Semaine sanglante, enfouis dans les fosses creusées après le nettoyage, au lendemain de l’hécatombe.

En janvier 1897, pour ne citer qu’un seul de ces exemples—ils abondent—au milieu de ce quartier de Charonne, qui vit les dernières convulsions de l’insurrection, des ouvriers terrassiers faisaient une lugubre trouvaille.

Derrière le Père-Lachaise, non loin de la gare du chemin de fer de Ceinture, existe un vieux cimetière désaffecté, le cimetière de l’antique église Saint-Germain, qui date du quinzième siècle. On avait décidé de sacrifier une partie de ce cimetière, afin d’y creuser un réservoir pour les eaux de la Marne.