La pioche frappa sur tout un charnier, où les squelettes étaient accumulés par centaines.

Ce n’étaient plus quelques morts isolés, ramassés après la lutte derrière une barricade, ensevelis hâtivement avant la décomposition. On avait versé là des tombereaux de cadavres. On en compta huit cents, que l’on aligna les uns à côté des autres, recouverts des lambeaux de leurs uniformes, la tête encore coiffée du képi fédéré.

On fit rapidement disparaître cette épouvantable exhibition. Une fosse nouvelle fut creusée, adossée au mur du presbytère. Quelques piquets indiquent seuls[25] l’emplacement du dernier champ de repos de ces morts inconnus.

le puits des Fédérés

Ce quartier de Charonne fut l’un des plus cruellement décimés dans l’épouvantable répression qui suivit la prise des faubourgs. Charonne fut occupé le samedi de la Semaine de Mai. Des deux côtés, la rage de la lutte avait atteint son paroxysme. Les incendies flambaient encore. La veille, non loin de là, les otages de la rue Haxo avaient été fusillés. Tout ce qui était pris était passé par les armes. Longtemps les habitants de ce quartier entendirent, la nuit, craquer les mitrailleuses. On exécutait en masse et l’on enfouissait en masse aussi.

Non loin de la place des Fêtes, existe peut-être encore un puits, creusé jadis dans des terrains vagues, connu dans le quartier, depuis 1871, sous le nom de Puits des Fédérés.

Après les grands massacres, on y jeta pêle-mêle communards et versaillais.

M. Charles Bos, lorsqu’il était conseiller municipal du quartier, fit combler ce puits, dont on voyait encore en 1898 la margelle, mitoyenne à deux habitations, les numéros 17 et 19 de la villa Bocquet.

D’énormes convois de fédérés furent fusillés à l’ancien marché aux fourrages de la Villette, rue de la Mouzaïa.

Les prisonniers y étaient conduits par troupeaux, par la rue de Belleville ou par la rue de Meaux.