Il faut prendre son pavé, le jeter dans le fossé plein d’armes et d’uniformes.
—Faut-il aussi que je prenne le mien! dit brusquement près de moi, avec un gros rire, un homme en bourgeois, brassardé, lui aussi, aux trois couleurs.
Avant de continuer sa route, le policier—car je le saurai bientôt, ces hommes à redingote noire et à brassard tricolore sont les pourvoyeurs des cours martiales—jette un regard autour de lui.
—Et dire que dans ces crapules-là, hurle-t-il, il y en a qui l’ont construite...
Et, après une pause:
—Oui, mais, les cochons... Ils nous l’ont bougrement payé... Fallait voir ça, cette nuit, au Luxembourg!
lendemain de victoire
Maintenant, c’est l’effroyable spectacle du lendemain de la victoire. Rues défoncées. Maisons écorchées par les obus et les balles. Pavés noirs ou rouges. Noirs de poudre, rouges de sang. Trottoirs semés de mille choses diverses jetées la nuit par les fenêtres... Il faut se hâter de se débarrasser de tout ce qui pourrait rappeler, aux yeux des perquisitionneurs, que l’on a touché, de près ou de loin, à la Commune.
Place du Panthéon. Debout, devant un pilier de la mairie, deux officiers lisent l’affiche de Delescluze[4] appelant le peuple aux armes. Je suis assez près du groupe pour la reconnaître. Je voudrais m’avancer encore, entendre ce qu’ils disent. Mais je recule d’horreur. Dans l’encoignure, qui se découvre devant moi, une demi-douzaine de cadavres... L’un, replié sur lui-même, montre sa tête affreusement ouverte, sanglante et vidée.
Sur les marches du Panthéon, des soldats. Sur la place, des soldats encore. Au milieu, un marin qui crie et chante, en brandissant je ne sais quoi dans son bras levé. Il me semble que c’est un corsage déchiré de femme...