le Moulin-Saquet

Moulin à Moutard et Moulin-Saquet. Les trahisons dont parle Léo Melliet se renouvellent, en mai, tous les jours. Celle du Moulin-Saquet est la première. Depuis ce jour, ou plutôt cette nuit, le soupçon envahit les esprits.

Trahis! Nous sommes trahis! Par qui? Comment?

Il faut avoir vécu ces temps, pleins d’enthousiasmes et d’angoisses, où chaque heure du jour ou de la nuit apporte à la ville insurgée la nouvelle d’un triomphe, vrai ou inventé, ou d’une défaite, pour se représenter la colère qui nous étreignit quand nous sûmes le désastre du Moulin-Saquet.

Le Moulin-Saquet était une puissante redoute, construite du temps du siège, un vrai fortin situé à l’extrémité sud-est du plateau de Villejuif, à mille mètres environ de la barricade qui fermait la grande rue du village.

A la même distance à peu près, mais à droite, était une seconde redoute, les Hautes-Bruyères.

Hautes-Bruyères et Moulin-Saquet, gardées toutes deux par des bataillons d’élite.[71]

Le Moulin-Saquet dominait toute la plaine qui s’étend de Villejuif à la Seine, et de Vitry à Choisy-le-Roi, couvrant ainsi le fort de Bicêtre et les forces du général Wroblevski, casernées à Arcueil.

Le 4 mai, aux premières heures du jour, la terrifiante nouvelle se propagea.

Le Moulin-Saquet avait été occupé, la nuit, sans coup férir, par les Versaillais. Ses défenseurs massacrés.