On citait le nom du traître, le commandant du 55e, qui avec le 120e, gardait la redoute.
Voici ce qui s’était passé.
Il était onze heures du soir, quand un groupe se présente aux abords de la redoute silencieuse. Un homme se détache, s’approche de la sentinelle.
—Qui vive!
—Vengeur.
Vengeur est le mot d’ordre.
L’homme passe. Mais à peine s’est-il avancé, que d’autres le suivent, terrassent les sentinelles, envahissent le camp. Tout y repose. Les hommes des 1re et 3e compagnies du 120e dorment sous la tente. Quelques-uns même déchaussés, pour se reposer des fatigues du jour. Les Versaillais—car les envahisseurs sont des soldats de Versailles—tuent à coups de baïonnette et de revolver. Ils attellent les canons, qu’ils emmènent avec leurs prisonniers. Le lendemain les canons défilent devant la grande cour d’honneur du Château, tout fleuris de lilas.
nous sommes trahis!
La trahison du Moulin-Saquet, suivie d’autres semblables, aura bientôt pour conséquence l’accusation de connivence avec Versailles portée contre les Pères Dominicains de l’École d’Arcueil.
Le commandant Gallien a livré le mot d’ordre. Mais ces Pères qui promenèrent leur robe jusqu’à nos tranchées, ne sont-ils pas, eux aussi, d’intelligence avec l’ennemi?