Quelques-uns d’entre eux font des voyages à Versailles. N’est-ce pas dans le but de renseigner les chefs de l’armée sur nos positions?
La presse parisienne dépeint l’affaire du Moulin-Saquet sous les couleurs les plus noires.
Ce qui rend cette affaire si épouvantable—écrit le Mot d’Ordre[72] journal de Rochefort—c’est la cruauté inouïe, exercée, sans nécessité, sur de pauvres gardes nationaux accablés par la fatigue et plongés dans le plus profond sommeil, qui certes, n’eussent pu faire autrement que de se rendre prisonniers.
Tous ont été massacrés, égorgés, lardés à coups de baïonnette et de sabre-poignard. Nous avons vu ces cadavres affreusement mutilés. Il y en a très peu qui n’avaient reçu qu’une blessure. La plupart en ont trois, quatre et jusqu’à cinq.
A côté d’un pauvre artilleur âgé de soixante-deux ans, dont la cervelle sortait de la tête, il y avait un tout jeune homme de dix-neuf ans, dont le ventre était transpercé de plusieurs coups et toute la poitrine brûlée par la décharge de plusieurs coups de revolver tirés à brûle-pourpoint. Un autre avait les deux yeux crevés et sortis de leurs orbites. Un autre avait le cou aux trois quarts scié et presque séparé du tronc.
Il est impossible d’imaginer un spectacle plus affreux. Mais les scélérats ne se sont pas contentés de massacrer à la mode des sauvages d’Afrique. Ils ont poussé leur affreux courage jusqu’à fouiller leurs victimes. La petite caisse de la cantinière elle-même a été défoncée et pillée...
Le Cri du Peuple de Vallès, le Vengeur de Félix Pyat, l’Avant-Garde, la Sociale, tous les journaux dévoués à la Commune, publient des récits semblables. Par toute la ville, retentissent les cris des vendeurs:
—La trahison du Moulin-Saquet!
Le Père Duchêne gronde:[73]
Ces misérables ne reculent devant aucun crime! Froidement, sans broncher, ils assassinent sous leurs tentes nos braves fédérés endormis, reposant tranquillement, sous la sauvegarde de la sentinelle qui veille à l’entrée.